Une responsable RH présente un document à un salarié assis face à elle, de part et d'autre d'un bureau
Entreprise · Gestion

GPEC

gestion prévisionnelle des emplois et des compétences

Qui est réellement tenu de négocier, ce que la démarche doit contenir, et dans quel ordre la construire pour qu’elle serve à quelque chose.

Réponse rapide

La gestion prévisionnelle des emplois et des compétences consiste à anticiper l’écart entre les compétences dont l’entreprise dispose et celles dont elle aura besoin, puis à le réduire avant qu’il ne devienne un problème de recrutement. Le Code du travail l’appelle désormais gestion des emplois et des parcours professionnels, la GEPP, et n’en impose la négociation qu’à partir de 300 salariés.

  • Deux conditions cumulatives : au moins 300 salariés et des organisations syndicales représentatives dans l’entreprise.
  • Tous les trois ans : périodicité de la négociation, portable à quatre ans par accord d’entreprise.
  • Négocier n’est pas conclure : l’obligation porte sur l’ouverture loyale des discussions, pas sur la signature.
  • Quatre temps : traduire la stratégie en besoins, cartographier l’existant, mesurer l’écart, bâtir un plan d’action doté d’un budget.

GPEC ou GEPP

de quoi parle-t-on exactement

Le sigle a changé, pas la logique. Depuis les ordonnances du 22 septembre 2017, le Code du travail ne parle plus de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences mais de gestion des emplois et des parcours professionnels, la GEPP. Dans les entreprises, dans les cabinets de conseil et dans les intitulés de poste, le mot GPEC est resté. Les deux désignent la même chose : anticiper l’écart entre les compétences dont l’entreprise dispose et celles dont elle aura besoin, puis réduire cet écart avant qu’il ne se transforme en pénurie de recrutement ou en plan social.

Le changement de nom n’est pas qu’un habillage. La GPEC d’origine raisonnait en volumes et en catégories : combien de techniciens dans cinq ans, quels métiers en tension. La GEPP y ajoute le parcours du salarié, avec l’idée qu’il est acteur de son évolution et pas seulement une ligne dans un tableau d’effectifs. Le contenu de la négociation s’est élargi en conséquence, et l’articulation avec la stratégie de l’entreprise a été renforcée.

Dans la pratique, cette double dénomination est surtout une source de confusion au moment de rédiger un accord ou de répondre à un contrôle. La règle simple : le terme juridiquement exact aujourd’hui est GEPP, celui que tout le monde emploie reste GPEC, et personne ne vous reprendra d’utiliser l’un pour l’autre à l’oral.

Qui doit négocier, et qui n’y est pas tenu

C’est le point sur lequel les contenus disponibles en ligne sont le plus approximatifs. Il existe bien une obligation, mais elle est doublement conditionnée, et beaucoup d’entreprises se croient concernées à tort — ou l’inverse.

Le seuil de 300 salariés et la périodicité

L’obligation de négocier sur la gestion des emplois et des parcours professionnels vise les entreprises et les groupes qui emploient au moins 300 salariés. En dessous, aucune négociation n’est imposée sur ce thème. Au-dessus, l’employeur doit engager la négociation tous les trois ans, périodicité qu’un accord d’entreprise peut porter à quatre ans au maximum.

Deux nuances comptent. D’abord, il s’agit d’une obligation d’engager la négociation, pas d’aboutir : une entreprise qui a convoqué, informé et discuté loyalement sans qu’un accord soit signé a rempli son obligation, à charge pour elle d’en conserver la trace écrite. Ensuite, ne pas ouvrir la négociation alors que ses conditions sont réunies relève du délit d’entrave, sanctionné par l’article L. 2243-2 du Code du travail : un an d’emprisonnement et 3 750 euros d’amende. La sanction porte donc sur le refus d’ouvrir, jamais sur le contenu ou le résultat des discussions.

Une obligation qui suppose un interlocuteur syndical

Une négociation obligatoire suppose quelqu’un en face. La Cour de cassation l’a rappelé le 11 septembre 2024 : l’obligation de négocier sur la gestion des emplois et des parcours professionnels dépend de l’existence d’une ou plusieurs organisations syndicales représentatives dans l’entreprise. Dans l’affaire jugée, un syndicat n’avait désigné un délégué qu’au niveau d’un établissement ; faute de représentation au niveau de l’entreprise, l’obligation n’était pas encore exigible.

Une entreprise de 400 salariés sans délégué syndical n’a donc pas de négociation à ouvrir. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’a rien à faire. La consultation du comité social et économique sur les orientations stratégiques reste due : elle porte explicitement sur leurs conséquences en matière d’emploi, d’évolution des métiers et de recours à la sous-traitance ou aux contrats courts. Elle ne dépend d’aucun accord et reste, dans une entreprise sans délégué syndical, le seul rendez-vous réellement opposable sur l’anticipation des compétences. Les obligations individuelles de formation, elles, s’appliquent indépendamment de tout ce qui précède.

Situation de l’entrepriseNégociation GEPPCe qui reste dû
Moins de 300 salariés Non obligatoire Entretiens de parcours, plan de développement des compétences, consultation du CSE quand il existe
300 salariés et plus, sans syndicat représentatif Non exigible en l’état Consultation du CSE sur les orientations stratégiques et leurs effets sur l’emploi
300 salariés et plus, avec syndicat représentatif Obligatoire tous les 3 ans (4 ans par accord) Négociation loyale, information des délégués, traçabilité même sans accord signé

Ce que la démarche contient concrètement

Quand la négociation s’ouvre, elle ne porte pas sur des intentions mais sur une liste de sujets identifiés. Un socle doit être traité ; d’autres thèmes ne s’invitent à la table que si les partenaires sociaux le décident. La distinction évite de longues séances à discuter de ce qui aurait dû être acté d’emblée.

Socle à traiter

Ce que la négociation doit couvrir

La mise en place du dispositif lui-même et ses modalités de suivi. Les mesures d’accompagnement qui vont avec : formation, abondement du compte personnel de formation, validation des acquis de l’expérience, bilan de compétences, appui à la mobilité géographique et professionnelle. Les grandes orientations de la formation professionnelle sur trois ans. Les perspectives de recours aux différents contrats de travail. Et les moyens accordés aux représentants du personnel qui reçoivent ces informations.

Thèmes optionnels

Ce qui s’ajoute si les parties le veulent

La qualification des salariés en seconde partie de carrière. Les conditions d’information des sous-traitants sur la stratégie de l’entreprise. Le déroulement de carrière des salariés exerçant des responsabilités syndicales. La mobilité volontaire sécurisée. Rien n’oblige à les traiter tous : un accord qui empile douze thèmes sans moyens derrière ne vaut pas mieux qu’un accord court et réellement appliqué.

Une frontière évite bien des malentendus en séance : la négociation fixe le cadre, les engagements et les moyens ; elle ne remplace pas la gestion RH quotidienne. Le référentiel de compétences, la cartographie des métiers ou le plan de formation annuel restent des outils de l’employeur, même quand l’accord en prévoit le principe.

Construire la démarche en quatre temps

L’ordre des opérations sépare une démarche utile d’un classeur qui prend la poussière. La cartographie des compétences n’est pas le point de départ, contrairement à ce que laissent croire beaucoup de présentations : c’est la deuxième étape, et elle n’a de sens qu’une fois qu’on sait ce qu’on cherche à mesurer.

  1. Traduire la stratégie en besoins

    Une ouverture de site, un changement de gamme, l’internalisation d’une activité jusque-là sous-traitée, l’arrivée d’un outil qui modifie un poste : chaque décision déjà prise par la direction se convertit en métiers qui apparaissent, se transforment ou se raréfient. Sans cette matière, la suite tourne à vide.

  2. Cartographier l’existant

    Décrire les emplois réellement tenus, les compétences détenues, la pyramide des âges et les départs prévisibles. Le piège est le niveau de détail : un référentiel de trois cents lignes qu’aucun manager ne remplira vaut moins qu’une grille de vingt emplois-repères tenue à jour — un emploi-repère regroupant plusieurs postes proches par leurs compétences.

  3. Mesurer l’écart

    Confronter le besoin projeté à la photographie actuelle, métier par métier, et isoler les emplois sensibles : ceux dont le contenu va changer fortement, ceux dont les effectifs vont manquer, ceux dont la charge va se réduire. C’est cette liste courte, et non la cartographie complète, qui sera discutée avec les représentants du personnel.

  4. Bâtir le plan d’action

    Chaque écart appelle un levier : formation, recrutement, mobilité interne, alternance, transmission des savoir-faire avant un départ en retraite, parfois recours ponctuel à la sous-traitance. Le plan n’a de valeur que s’il porte un budget, un responsable et une échéance.

Les outils individuels qui font vivre la démarche

Une GPEC ne tient dans le temps que si elle redescend au niveau du salarié. Trois dispositifs assurent cette liaison, et le premier vient de changer de forme.

L’entretien professionnel en est le pivot. La loi du 24 octobre 2025 l’a rebaptisé entretien de parcours professionnel, en a enrichi le contenu et a introduit de nouveaux rendez-vous de mi-carrière et de fin de carrière. Elle en modifie aussi le rythme, mais pas au même moment pour tout le monde.

Réforme en cours d’application

Le contenu enrichi des entretiens et les nouveaux rendez-vous de carrière sont applicables depuis fin octobre 2025. La nouvelle périodicité — un entretien tous les quatre ans au lieu de deux, un bilan récapitulatif tous les huit ans au lieu de six — n’entre en vigueur qu’au 1er octobre 2026 pour les accords collectifs. Tant que ce calendrier se déploie, vérifiez le droit applicable à votre situation auprès du ministère du Travail ou de votre conseil avant de refondre votre processus interne.

Le bilan récapitulatif reste le moment de vérité : il vérifie que le salarié a suivi au moins une action de formation, acquis des éléments de certification par la formation ou la validation des acquis, et bénéficié d’une progression salariale ou professionnelle. Dans les entreprises d’au moins cinquante salariés, un manquement peut déclencher un abondement correctif de 3 000 euros sur le compte personnel de formation du salarié. La Cour de cassation a précisé le 21 janvier 2026 que les deux conditions sont cumulatives : il faut à la fois que les entretiens n’aient pas eu lieu et qu’aucune formation non obligatoire n’ait été suivie.

Viennent ensuite les outils de développement proprement dits : le plan de développement des compétences, qui traduit le plan d’action en actions de formation datées, la validation des acquis de l’expérience pour sécuriser un changement de métier, et le bilan de compétences quand un salarié doit arbitrer entre plusieurs directions. L’accompagnement des entreprises sur ces sujets fait partie des missions confiées aux opérateurs de compétences : l’OPCO de la branche est l’interlocuteur naturel pour monter le diagnostic et chercher des cofinancements.

Une GPEC utile dans une entreprise de moins de 300 salariés

L’absence d’obligation n’est pas une raison de s’en passer. Une entreprise de soixante personnes qui perd son seul soudeur qualifié ou son unique responsable de maintenance connaît exactement le problème que la GPEC sert à éviter, sans avoir les moyens d’y répondre dans l’urgence.

La version allégée tient en quelques choix. Raccourcir l’horizon : deux ou trois ans plutôt que cinq, parce que la visibilité stratégique d’une PME est rarement plus longue. Réduire le périmètre à cinq ou dix emplois-repères, ceux qui portent le chiffre d’affaires ou le savoir-faire, plutôt que l’organigramme complet. Se passer de formalisme collectif : pas d’accord à signer, une note d’orientation suffit, présentée au CSE quand il existe. Et s’appuyer sur l’extérieur, l’OPCO de la branche en premier lieu.

Le reste ne change pas : même séquence, mêmes questions, format différent. Une PME qui sait quels sont ses trois métiers critiques et ce qu’elle fera si leur titulaire part a fait l’essentiel du travail.

Là où les démarches se plantent

Les échecs se ressemblent d’une entreprise à l’autre, et la taille y change peu de chose.

Le scénario le plus courant tient en six mois. Une équipe RH lance une cartographie des compétences avec méthode, mobilise les managers, produit un document épais et bien fait — puis le présente à une direction qui n’a jamais formalisé ses orientations. Personne ne sait quoi en faire, le classeur rejoint une étagère, et la prochaine tentative se heurtera au souvenir de celle-là.

La mise à jour finit le travail. Une cartographie vieille de trois ans décrit une organisation qui n’existe plus, et elle est d’autant moins actualisée qu’elle était détaillée : le niveau de finesse qui rassure au démarrage est celui qui condamne l’entretien courant.

Vient ensuite la confusion avec l’évaluation individuelle. Dès que les salariés perçoivent la démarche comme une notation déguisée, les grilles remontent lissées et les données deviennent inexploitables. La séparation doit être explicite, dans le calendrier comme dans le discours : l’entretien de parcours ne sert pas à fixer une augmentation.

Deux causes plus discrètes achèvent le tableau. L’absence de porteur identifié, quand le sujet flotte entre la direction générale et un service RH sans mandat clair. Et le plan d’action sans budget, qui transforme des engagements pris devant les partenaires sociaux en promesses non tenues — le meilleur moyen de rendre la négociation suivante nettement plus difficile.

La GPEC est-elle obligatoire dans toutes les entreprises ?

Non. L’obligation de négocier sur la gestion des emplois et des parcours professionnels vise les entreprises et les groupes d’au moins 300 salariés. Elle suppose en outre la présence d’organisations syndicales représentatives dans l’entreprise, comme la Cour de cassation l’a rappelé en septembre 2024. En dessous du seuil, ou sans interlocuteur syndical, la démarche reste volontaire.

Quelle différence entre GPEC et GEPP ?

Ce sont deux noms du même outil. Les ordonnances du 22 septembre 2017 ont substitué la gestion des emplois et des parcours professionnels à la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences dans le Code du travail. Le contenu de la négociation a été élargi et l’approche rendue plus individuelle, mais la logique d’anticipation reste identique. L’usage courant a conservé le sigle GPEC.

Tous les combien faut-il négocier ?

Tous les trois ans. Un accord d’entreprise peut porter cette périodicité à quatre ans au maximum. Il s’agit d’une obligation d’engager la négociation, pas de conclure un accord : une négociation menée loyalement sans signature satisfait à l’obligation, à condition d’en garder la trace.

Que risque une entreprise qui n’ouvre pas la négociation ?

Le refus d’engager la négociation obligatoire alors que ses conditions sont réunies relève du délit d’entrave, puni d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende par l’article L. 2243-2 du Code du travail. La sanction porte sur l’absence d’ouverture, non sur le contenu ou le résultat des discussions.

Par quoi commencer concrètement ?

Par les décisions stratégiques déjà prises, pas par un référentiel de compétences. Tant qu’on ne sait pas quelles activités vont croître, se transformer ou disparaître, la cartographie des emplois n’a rien à mesurer. Une fois ce cadrage posé, la photographie de l’existant, l’analyse des écarts et le plan d’action s’enchaînent naturellement.

Une PME peut-elle mener une GPEC sans accord collectif ?

Oui, et c’est le cas le plus fréquent. Sans obligation de négocier, une note d’orientation portant sur cinq à dix emplois-repères et un horizon de deux à trois ans suffit. L’opérateur de compétences de la branche accompagne ce type de diagnostic et peut cofinancer les formations qui en découlent.

La question qui décide de tout tient en une phrase : que fait-on lundi si la personne qui tient ce métier ne revient pas ? Une entreprise capable d’y répondre pour ses trois postes clés a déjà fait le plus dur.