Communication
la définition, et ce que le schéma oublie
Une phrase suffit à définir le mot. Reste à savoir d’où vient le schéma qu’on enseigne partout, et pourquoi il décrit mal un échange réel.
La communication est le processus par lequel un émetteur transmet un message à un récepteur, au moyen d’un code et d’un canal, dans un contexte donné, et par lequel ce message produit un effet. Le mot désigne aussi le message lui-même et le secteur professionnel qui porte ce nom. Point décisif que la plupart des définitions escamotent : il n’y a pas communication parce qu’un message a été émis, mais parce qu’il a été reçu et interprété.
- Trois sens : le processus, le message reçu, le secteur d’activité.
- Six éléments : émetteur, message, code, canal, récepteur, contexte.
- Deux oubliés : le bruit, qui altère le message, et le retour, qui le vérifie.
- Trois modèles : Shannon et Weaver en 1948, Jakobson en 1960, Palo Alto en 1967.
- Information ≠ communication : l’une est un contenu, l’autre un processus.
Communication
la définition en une phrase
La communication est le processus par lequel un émetteur transmet un message à un récepteur, au moyen d’un code et d’un canal, dans un contexte donné — et par lequel ce message produit un effet.
Cette phrase suffit pour un devoir ou un document professionnel. Ce qu’elle contient mérite en revanche d’être déplié, parce qu’elle repose sur une construction plus fragile qu’elle n’en a l’air.
Le processus, le message, le métier
trois sens sous un seul mot
Le premier réflexe utile est de savoir de quel sens on parle, parce que le mot en porte au moins trois et qu’ils ne se confondent pas.
Il désigne d’abord l’acte lui-même, le fait d’échanger : c’est le sens qui intéresse la définition théorique. Il désigne ensuite le message reçu, dans un emploi devenu plus rare — recevoir une communication, faire une communication lors d’un colloque. Il désigne enfin un domaine d’activité, celui des services et des métiers qui construisent l’image d’une organisation : travailler dans la communication.
Un quatrième sens survit dans quelques expressions figées, celui de voie de passage : les voies de communication, une porte de communication entre deux pièces. Il n’est pas anecdotique — il rappelle que le mot désigne d’abord une mise en relation, avant de désigner un message.
La définition à retenir
Si vous devez n’en garder qu’une, gardez celle du processus, et retenez surtout ce qu’elle implique : il n’y a pas communication parce qu’un message a été émis, mais parce qu’il a été reçu et qu’il a produit quelque chose. C’est ce détail qui sépare une définition juste d’une définition creuse.
Les six éléments que suppose toute définition
Toute situation de communication, de la conversation au communiqué de presse, met en jeu les mêmes composantes. Les nommer, c’est pouvoir diagnostiquer précisément ce qui a raté.
L’émetteur
Celui qui produit et envoie le message. Chez Jakobson, on le trouve sous le nom de destinateur.
Le message
Le contenu transmis. C’est l’élément le plus visible, et rarement celui qui pose problème.
Le code
Le système de signes partagé qui permet de formuler et de comprendre : une langue, un jargon, un jeu de symboles. S’il n’est pas commun aux deux, rien ne passe.
Le canal
Le support matériel qui achemine le message : la voix, un écrit, un écran. Jakobson parle de contact.
Le récepteur
Celui à qui le message est destiné — et dont la réception, seule, décide qu’il y a eu communication.
Le contexte
La situation à laquelle le message renvoie, et sans laquelle il devient inintelligible. On dit aussi le référent.
Deux composantes manquent presque toujours aux présentations scolaires, et ce sont les plus instructives.
Le bruit désigne tout ce qui altère le message entre l’émission et la réception. On pense au bruit physique, une mauvaise ligne téléphonique, mais les deux autres formes font davantage de dégâts : le bruit sémantique, quand un mot n’a pas le même sens pour les deux interlocuteurs, et le bruit psychologique, quand la fatigue, la méfiance ou une émotion déforment ce qui est entendu.
Le retour, ou feedback, est ce qui permet à l’émetteur de savoir comment son message a été reçu. Sans lui, il n’a aucun moyen de vérifier quoi que ce soit. C’est précisément l’élément que le schéma le plus enseigné a longtemps ignoré.
Trois modèles ont façonné cette définition
La définition courante n’est pas tombée du ciel. Elle est le sédiment de trois constructions successives, formulées à douze et sept ans d’intervalle, et qui ne parlent pas exactement de la même chose.
| Modèle | Ce qu’il apporte | Ce qu’il laisse de côté |
|---|---|---|
| Shannon et Weaver, 1948 | La chaîne source-signal-canal-destination, et surtout la notion de bruit : un message s’altère en route | Le sens, écarté d’emblée du propos ; le retour ; l’activité du récepteur |
| Jakobson, 1960 | Un message fait plusieurs choses à la fois : informer, exprimer celui qui parle, agir sur celui qui écoute, vérifier le contact, porter sur le code | L’échange reste décrit comme une émission vers une cible, non comme une interaction |
| Palo Alto, 1967 | La communication comme interaction continue : tout comportement vaut message, et la relation oriente la lecture du contenu | Un cadre difficile à mesurer, qui se prête mal à la modélisation |
Le schéma de Jakobson, exposé en 1960 dans « Linguistique et poétique », mérite un mot de plus : le linguiste reprend explicitement les facteurs du modèle de 1948 et les applique au langage, en associant à chacun une fonction. C’est ainsi qu’on identifie la fonction dite de contact, celle du « allô ? » au téléphone, qui ne transmet aucune information et sert uniquement à vérifier que le canal tient.
Quant à l’école de Palo Alto, elle formule en 1967, sous la plume de Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson, cinq axiomes de la communication. Deux suffisent ici. Le premier énonce qu’on ne peut pas ne pas communiquer : tout comportement vaut message, y compris le silence, y compris l’absence de réponse. Le second distingue dans tout échange un niveau de contenu et un niveau de relation, le second englobant le premier — ce que l’on dit est toujours interprété à travers ce que l’on est l’un pour l’autre.
Les cinq axiomes ne sont pas de Watzlawick seul : ils sont formulés avec Janet Beavin et Don Jackson. Et le schéma émetteur-message-récepteur n’est pas la définition de la communication, seulement une modélisation parmi d’autres — la confondre avec la définition est l’erreur la plus courante en copie.
Pourquoi la définition la plus enseignée décrit mal la réalité
Un modèle conçu pour des machines
Le schéma linéaire hérité de 1948 n’a pas été construit pour décrire une conversation. Il vient des télécommunications, et son objet était la transmission fidèle d’un signal d’un point à un autre. La question du sens du message en était explicitement écartée : ce qui comptait était de savoir si le signal arrivait intact, pas s’il voulait dire quelque chose.
Transposé tel quel à l’échange humain, ce modèle produit une illusion tenace : celle qu’un message correctement émis est un message correctement reçu. C’est la logique qui fait dire, après un malentendu, que l’information avait pourtant été donnée. Elle avait été émise. Ce n’est pas la même chose.
Ce que le schéma ne voit pas
Le récepteur n’est pas un réceptacle. Il interprète depuis son propre cadre — son expérience, son humeur, ce qu’il croit savoir de vos intentions. Le message qui lui parvient n’est jamais exactement celui qui a été émis.
L’échange, ensuite, n’est pas linéaire mais circulaire. Dans une conversation réelle, chacun est simultanément émetteur et récepteur : pendant que vous parlez, l’autre vous répond déjà par sa posture et son regard, et vous ajustez en direct.
La communication, enfin, ne se met pas en pause. C’est tout le sens du premier axiome de Palo Alto : refuser de répondre à un courriel communique quelque chose, et souvent avec plus de force qu’une réponse.
Information et communication ne sont pas la même chose
Ce ne sont pas deux mots pour la même réalité, mais deux choses de nature différente.
L’information est un contenu. Elle peut être stockée, diffusée, comptée. Une note affichée dans un couloir, un rapport déposé sur un serveur : l’information existe, indépendamment de ce qu’on en fait.
La communication est un processus, et ce processus n’existe que s’il aboutit. Il suppose un destinataire qui reçoit, qui interprète, et dont quelque chose change — ne serait-ce que sa compréhension de la situation. C’est pourquoi une organisation peut diffuser énormément et communiquer très peu.
Ce que la définition change quand on communique vraiment
Le sens se vérifie du côté du récepteur, jamais du côté de l’émetteur. La seule preuve qu’un message est passé, c’est que l’autre puisse le reformuler avec ses mots. Tout le reste est une supposition.
Ne rien dire, ensuite, est une position et non une absence de position. Un silence, un délai de réponse, un message laissé sans suite sont lus et interprétés, qu’on le veuille ou non.
Quand la relation est dégradée, le contenu ne passe plus, même impeccablement formulé. Avant de reformuler un message qui n’arrive pas, il est souvent plus efficace de regarder ce qui se joue au niveau de la relation — c’est exactement ce que dit la distinction entre les deux niveaux de tout échange.
Quelle est la définition simple de la communication ?
La communication est le processus par lequel un émetteur transmet un message à un récepteur, au moyen d’un code et d’un canal, dans un contexte donné, et par lequel ce message produit un effet. La dernière partie de la phrase est celle qu’on oublie le plus souvent : un message émis mais jamais reçu ni compris n’est pas une communication.
Quels sont les éléments du schéma de la communication ?
Six éléments constants : l’émetteur qui produit le message, le récepteur à qui il s’adresse, le message lui-même, le code qui permet de le formuler et de le comprendre, le canal qui l’achemine, et le contexte auquel il renvoie. Deux composantes s’y ajoutent et sont souvent omises : le bruit, qui altère le message en chemin, et le retour, qui permet de savoir comment il a été reçu.
Qui a inventé le schéma de la communication ?
Le schéma linéaire vient de Claude Shannon et Warren Weaver, en 1948, dans le cadre d’une théorie mathématique de la transmission des signaux. Roman Jakobson l’a repris en 1960 pour l’appliquer au langage, en associant à chaque facteur une fonction. L’école de Palo Alto a ensuite déplacé la question en 1967, en cessant de décrire une chaîne pour décrire une interaction.
Quelle différence entre information et communication ?
L’information est un contenu : elle peut être stockée, diffusée, comptée, indépendamment de ce qu’on en fait. La communication est un processus qui n’existe que s’il aboutit, c’est-à-dire si un destinataire reçoit le message, l’interprète et que quelque chose change pour lui. Diffuser n’est donc pas communiquer : on peut informer beaucoup et ne communiquer rien.
Que veut dire « on ne peut pas ne pas communiquer » ?
C’est le premier des cinq axiomes formulés en 1967 par Paul Watzlawick, Janet Beavin et Don Jackson. Il signifie que tout comportement, en présence d’autrui, a valeur de message : se taire, ne pas répondre, quitter une pièce sont interprétés au même titre qu’une phrase. On peut refuser de parler, on ne peut pas s’abstenir de communiquer.
Qu’appelle-t-on le bruit en communication ?
Tout ce qui altère le message entre son émission et sa réception. Le bruit physique est le plus visible — une mauvaise ligne, un environnement sonore — mais les deux autres formes causent davantage de malentendus : le bruit sémantique, lorsqu’un mot n’a pas le même sens pour les deux interlocuteurs, et le bruit psychologique, lorsque la fatigue, la méfiance ou une émotion déforment ce qui est entendu.
Pourquoi dit-on que la relation compte plus que le contenu ?
Parce que tout échange se joue sur deux niveaux simultanés, distingués par l’école de Palo Alto : ce qui est dit, et ce que les interlocuteurs sont l’un pour l’autre. Le second oriente l’interprétation du premier. Concrètement, un message parfaitement formulé passe mal dans une relation dégradée, et il est souvent plus efficace de traiter la relation que de reformuler le message.
Une définition tient en une phrase, mais elle porte soixante-dix ans de discussions sur ce qui se passe réellement entre deux personnes qui se parlent.