Création de l’ONU
comment elle est née en 1945
De la Charte de l’Atlantique à la conférence de San Francisco : quatre années de négociations qui ont accouché de l’Organisation des Nations unies.
L’Organisation des Nations unies est officiellement née le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de sa Charte. Le texte avait été signé quatre mois plus tôt, le 26 juin 1945, à San Francisco, à l’issue de plusieurs années de négociations entre Alliés et après l’échec de la Société des Nations.
- Date de naissance : 24 octobre 1945, entrée en vigueur de la Charte après ratification.
- Date de signature : 26 juin 1945 à San Francisco, par 50 États (51 fondateurs avec la Pologne).
- Cinq permanents au Conseil de sécurité : États-Unis, URSS, Royaume-Uni, France, République de Chine.
- Une organisation qui en remplace une autre : l’ONU prend la suite de la Société des Nations, jugée incapable d’empêcher la guerre.
Une organisation née de la Seconde Guerre mondiale
L’Organisation des Nations unies n’apparaît pas du jour au lendemain. Elle est conçue par les Alliés pendant la guerre, à mesure que la victoire se dessine et que la question de l’après-guerre devient pressante. Quand les délégués se retrouvent à San Francisco au printemps 1945, le projet est déjà bien avancé sur le plan diplomatique.
26 juin 1945
la signature à San Francisco
Le 26 juin 1945, cinquante États signent la Charte des Nations unies dans le Veterans War Memorial Building de San Francisco. La cérémonie clôt deux mois de négociations en commission. La Pologne, absente de la conférence pour des raisons politiques, signera la Charte dans les mois qui suivent, ce qui portera à 51 le nombre d’États membres fondateurs.
24 octobre 1945
l’entrée en vigueur de la Charte
Signer la Charte ne suffit pas. Pour que l’ONU existe juridiquement, il faut que les cinq puissances appelées à siéger comme membres permanents du Conseil de sécurité, ainsi qu’une majorité des autres signataires, ratifient le texte. C’est chose faite le 24 octobre 1945. Cette date, retenue comme acte de naissance de l’organisation, est aujourd’hui célébrée comme la Journée des Nations unies.
Le contexte d’une guerre encore en cours
La Charte est signée alors que l’Allemagne s’est rendue depuis un mois mais que le Japon résiste encore. Ce détail pèse sur les négociations. Les délégués écrivent un texte de paix au moment où des soldats meurent encore sur le front du Pacifique, ce qui explique en partie l’insistance, dans la Charte, sur la prévention des conflits et sur la responsabilité particulière des grandes puissances.
Pourquoi remplacer la Société des Nations
L’idée d’une organisation mondiale destinée à préserver la paix n’est pas neuve. Elle existait déjà avec la Société des Nations, créée en 1919 à la sortie de la Première Guerre mondiale. Mais cette organisation a montré ses limites avant même de disparaître.
Une SDN affaiblie dès les années 1930
L’absence durable des États-Unis, qui n’avaient jamais ratifié le pacte fondateur, pesait sur la SDN dès l’origine. Quand le Japon envahit la Mandchourie en 1931, puis quand l’Italie annexe l’Éthiopie en 1935, l’organisation se contente de condamnations sans effet. Son fonctionnement à l’unanimité paralyse les décisions contraignantes, et l’Allemagne, le Japon puis l’Italie finissent par claquer la porte. À la fin des années 1930, la SDN ne pèse plus rien dans les rapports de force internationaux.
Les enseignements tirés par les Alliés
Les rédacteurs de la Charte cherchent à corriger ces faiblesses. Plutôt que l’unanimité, ils retiennent un fonctionnement majoritaire à l’Assemblée générale. Plutôt que de laisser les grandes puissances en dehors du dispositif, ils leur réservent un siège permanent au Conseil de sécurité. Plutôt que des sanctions purement morales, ils prévoient la possibilité d’actions coercitives, y compris militaires, sous mandat de l’organisation.
Ce que l’ONU emprunte malgré tout à la SDN
Le projet onusien ne fait pas pour autant table rase. Plusieurs principes sont repris : la coopération entre États souverains, le règlement pacifique des différends, la sécurité collective. Quelques structures techniques de la SDN, comme l’Organisation internationale du travail, sont d’ailleurs intégrées au système des Nations unies. La continuité existe, même si la rupture est revendiquée.
Les grandes conférences qui dessinent l’ONU (1941-1945)
L’ONU se prépare conférence après conférence. Chacune ajoute une brique au futur édifice.
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Août 1941 : la Charte de l’Atlantique
Roosevelt et Churchill se rencontrent au large de Terre-Neuve et publient un texte court qui énonce les grands principes d’après-guerre : pas d’annexion, droit des peuples à choisir leur gouvernement, désarmement des États agresseurs. L’expression « Nations unies » n’y figure pas encore, mais la philosophie est posée.
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Janvier 1942 : la Déclaration des Nations unies
Vingt-six États en guerre contre l’Axe signent à Washington une « Déclaration des Nations unies ». Roosevelt invente l’expression pour désigner les Alliés. C’est la première fois que les Nations unies existent comme appellation politique.
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Octobre 1943 : la conférence de Moscou
États-Unis, Royaume-Uni, URSS et Chine s’accordent sur la nécessité de créer une organisation internationale d’après-guerre. La déclaration de Moscou rend ce projet public et engage les quatre puissances.
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Août-octobre 1944 : Dumbarton Oaks
Près de Washington, les délégations des quatre futures grandes puissances arrêtent l’architecture : Assemblée générale, Conseil de sécurité, Cour internationale, Secrétariat. Restent en suspens la composition exacte du Conseil et la procédure de vote.
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Février 1945 : Yalta tranche sur le veto
Roosevelt, Churchill et Staline retrouvent à Yalta la question laissée ouverte à Dumbarton Oaks. Le compromis est trouvé : les cinq membres permanents disposeront chacun d’un droit de veto sur les décisions de fond. Ce point conditionne l’entrée de l’URSS dans le projet.
La conférence de San Francisco et la rédaction de la Charte
Le travail diplomatique culmine au printemps 1945. La conférence des Nations unies sur l’organisation internationale s’ouvre à San Francisco le 25 avril 1945, quelques jours après la mort de Roosevelt. Harry Truman, son successeur, soutient le projet sans changer la ligne.
Cinquante États autour d’une table
Les 50 États invités sont essentiellement les pays signataires de la Déclaration des Nations unies de 1942 et ceux qui ont déclaré la guerre à l’Axe avant mars 1945. La France, alors gouvernement provisoire dirigé par De Gaulle, y participe. Son siège permanent au futur Conseil de sécurité a été obtenu par négociation entre Roosevelt et Churchill plus que par le poids politique du moment. La République de Chine de Tchang Kaï-chek occupe le cinquième siège permanent.
Les débats clés en commission
Les négociations s’organisent en commissions techniques. Le point le plus disputé concerne le droit de veto. L’Australie, sous l’impulsion de son ministre des Affaires étrangères Herbert Evatt, mène avec d’autres États moyens une offensive pour limiter le pouvoir des cinq permanents, en particulier sur les procédures de règlement pacifique. Les grandes puissances tiennent bon : sans veto garanti, ni les États-Unis ni l’URSS ne signent. Le compromis de Yalta passe en l’état. D’autres débats portent sur la place des droits de l’homme dans le préambule et sur le statut des territoires sous tutelle, deux points sur lesquels les États moyens obtiennent davantage.
La signature du 26 juin et les 51 États membres fondateurs
La Charte est adoptée à l’unanimité le 25 juin et signée le lendemain. Avec la signature ultérieure de la Pologne, l’ONU compte 51 membres fondateurs. Le texte, plutôt court par rapport à beaucoup de traités contemporains, prévoit la possibilité d’amendements et l’admission de nouveaux États. Cette souplesse ouvre la voie à la croissance ultérieure de l’organisation, qui dépassera les 190 membres à la fin du XXᵉ siècle.
L’architecture institutionnelle posée par la Charte
La Charte met en place six organes principaux qui structurent encore l’ONU aujourd’hui.
Assemblée générale
Tous les États membres y siègent à égalité, un État une voix. Elle débat, recommande, vote des résolutions, mais ses décisions ne sont pas juridiquement contraignantes pour les États.
Conseil de sécurité
Quinze membres dont cinq permanents avec droit de veto. Seul organe à pouvoir prendre des décisions contraignantes en matière de paix et de sécurité, y compris des sanctions et des opérations militaires.
Les autres organes
Conseil économique et social, Conseil de tutelle (suspendu depuis 1994), Cour internationale de justice à La Haye, Secrétariat dirigé par le Secrétaire général. Tous opérationnels dès 1946.
Les cinq membres permanents et le droit de veto
Cinq pays siègent en permanence au Conseil de sécurité depuis 1945 : États-Unis, URSS (aujourd’hui Russie), Royaume-Uni, France, République de Chine (remplacée en 1971 par la République populaire de Chine). Chacun peut bloquer une décision de fond par un vote négatif. Ce dispositif a été pensé pour garantir que les grandes puissances ne quittent pas l’organisation comme elles avaient quitté la SDN. Il a aussi pour effet de paralyser le Conseil dès que les intérêts de deux permanents s’opposent frontalement, ce que la guerre froide a rapidement illustré.
Le siège chinois est resté entre les mains de la République de Chine (Taïwan) jusqu’à la résolution 2758 de l’Assemblée générale, en octobre 1971, qui transfère la représentation à la République populaire de Chine.
Ce que la création de l’ONU a voulu changer
Derrière les textes et les organes se cache un projet politique. Il vaut la peine de le décrire pour ce qu’il est.
Une paix négociée plutôt qu’imposée
Les rédacteurs de la Charte misent sur la diplomatie permanente. L’idée est qu’un forum mondial dans lequel les États se parlent en continu réduit la probabilité que les tensions dégénèrent en conflit ouvert. C’est un pari : faire de la négociation l’outil principal de la sécurité, plutôt que l’équilibre des armes ou les alliances bilatérales.
L’irruption des droits de l’homme
Le préambule de la Charte affirme la foi des peuples dans les droits fondamentaux de l’homme, dans la dignité de la personne humaine, dans l’égalité des hommes et des femmes. C’est une nouveauté par rapport à la SDN. Cette inscription ouvre la voie à la Déclaration universelle des droits de l’homme adoptée trois ans plus tard, en décembre 1948.
Le pari du multilatéralisme
L’ONU n’est ni un gouvernement mondial ni une alliance militaire. C’est une enceinte où les États souverains continuent à se parler même quand ils s’opposent. Ce cadre, fixé en 1945, reste celui dans lequel s’inscrit la diplomatie mondiale contemporaine, avec ses lourdeurs assumées et ses échecs visibles.
Quelle est la date officielle de création de l’ONU ?
L’Organisation des Nations unies est née le 24 octobre 1945, date d’entrée en vigueur de la Charte après ratification par la majorité des États signataires. La Charte elle-même avait été signée le 26 juin 1945 à San Francisco.
Combien d’États ont fondé l’ONU ?
Cinquante États signent la Charte à San Francisco le 26 juin 1945. La Pologne, absente de la conférence, signe peu après et porte à 51 le nombre d’États membres fondateurs.
Qui sont les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ?
Les États-Unis, l’URSS (aujourd’hui la Russie), le Royaume-Uni, la France et la République de Chine (remplacée en 1971 par la République populaire de Chine) siègent en permanence au Conseil de sécurité depuis 1945.
Quelle organisation l’ONU a-t-elle remplacée ?
L’ONU remplace la Société des Nations, créée en 1919, qui n’a pas réussi à empêcher la Seconde Guerre mondiale. La SDN est officiellement dissoute en avril 1946, après le transfert d’une partie de ses biens et de ses missions à l’ONU.
Quatre années de négociations, six organes institués, deux dates qui comptent : la création de l’ONU est moins un événement qu’un processus, et c’est sans doute pour cela qu’il reste utile à connaître.