Calcul de l’impôt sur les cryptomonnaies
comment ça marche
Fait générateur, taux 2026, formule 150 VH bis et formulaires : le calcul, étape par étape.
En France, les gains en cryptomonnaies sont imposés au moment de la conversion en euros, jamais sur la simple détention. Pour un particulier, la plus-value est taxée à la flat tax ou, sur option, au barème progressif, selon une formule précise.
- Déclencheur : la vente contre des euros ou le paiement d’un achat en crypto.
- Taux 2026 : flat tax de 31,4 % (12,8 % d’impôt + 18,6 % de prélèvements sociaux).
- Méthode de calcul : la formule de l’article 150 VH bis, pas le FIFO.
- Formulaires : 2086 pour le calcul, 2042 C pour le report, 3916-bis pour les comptes à l’étranger.
En France, les gains réalisés sur les cryptomonnaies ne sont pas imposés parce qu’on les possède, mais parce qu’on les transforme en argent classique. Tant que la valeur reste en crypto, l’administration ne réclame rien. Dès qu’on vend contre des euros, ou qu’on paie un achat en crypto, une plus-value se matérialise et devient imposable. Pour un particulier, cette plus-value est taxée à la flat tax — 31,4 % en 2026 — ou, sur option, au barème progressif de l’impôt sur le revenu. Le montant, lui, se calcule avec une formule précise, celle de l’article 150 VH bis du Code général des impôts.
Le sujet passe pour opaque. Il ne l’est pas : il est méthodique. Une fois qu’on a compris le déclencheur, le taux et la formule, le calcul devient mécanique. Reste à ne pas se tromper sur les trois, car les erreurs se paient — d’autant plus qu’à partir de 2026, les plateformes commencent à transmettre les données de transactions au fisc.
Quand paie-t-on l’impôt sur ses cryptos ?
Tout repose sur une notion : le fait générateur, c’est-à-dire l’événement qui déclenche l’imposition. Ici, c’est la cession imposable. Deux situations rendent une opération imposable. La première, la plus courante, est la vente de cryptomonnaie contre une monnaie ayant cours légal, l’euro par exemple. La seconde est l’utilisation de crypto pour régler un bien ou un service : payer en bitcoin revient fiscalement à céder du bitcoin.
À l’inverse, deux situations ne déclenchent aucun impôt. Échanger une cryptomonnaie contre une autre — vendre de l’ether pour acheter du bitcoin, par exemple — ne matérialise pas de plus-value imposable : il y a report tant que l’on reste dans l’univers des actifs numériques. Et la simple détention, même si le portefeuille prend beaucoup de valeur, n’est jamais imposable en soi. La conséquence pratique est simple à retenir : tant que les gains restent en crypto, il n’y a rien à payer. C’est le passage vers l’euro, ou l’achat d’un bien, qui ouvre le calcul.
À quel taux ? Flat tax ou barème progressif
Pour un particulier, la plus-value relève par défaut du prélèvement forfaitaire unique, la fameuse flat tax. En 2026, son taux est de 31,4 %. Ce chiffre se décompose en deux parts : 12,8 % au titre de l’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux. La hausse par rapport aux 30 % des années précédentes vient de l’augmentation de la CSG, passée de 9,2 % à 10,6 %. Comme ce taux évolue au fil des lois de finances, il faut le revérifier chaque année.
Il existe une alternative : opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu. Dans ce cas, la plus-value s’ajoute aux autres revenus et suit les tranches habituelles — 0, 11, 30, 41 ou 45 % — auxquelles s’ajoutent les prélèvements sociaux. Cette option est globale : elle s’applique aussi à d’autres revenus de capitaux mobiliers de l’année. Elle profite surtout aux foyers peu ou pas imposables, dont la tranche marginale est inférieure à 12,8 %.
La flat tax est généralement plus douce dès que votre tranche marginale atteint 30 %. Le barème progressif devient intéressant pour les foyers peu ou pas imposables. Comparez les deux avant de cocher l’option, car elle est globale et vaut pour l’ensemble de vos revenus de capitaux.
Comment se calcule la plus-value ? La formule 150 VH bis
C’est ici que beaucoup se trompent. La France n’utilise pas la méthode FIFO — « premier entré, premier sorti » — connue des investisseurs en Bourse ou pratiquée dans d’autres pays. Elle applique une méthode qui rapporte le prix total d’acquisition du portefeuille à sa valeur au moment de la vente.
Plus-value = Prix de cession − [Prix total d’acquisition × (Prix de cession ÷ Valeur globale du portefeuille au moment de la cession)]
Un exemple chiffré, avec des nombres ronds choisis pour l’illustration, éclaire le mécanisme. Chaque cession se recalcule ensuite avec la valeur du portefeuille au moment où elle a lieu : sur une année active, cela devient vite ingérable à la main, d’où l’intérêt d’un tableur rigoureux ou d’un outil de suivi dédié.
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Les données de départ (exemple illustratif)
Valeur globale du portefeuille le jour de la vente : 20 000 €. Prix total d’acquisition depuis le début : 12 000 €. Montant vendu : 5 000 €.
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La part d’acquisition imputée
12 000 × (5 000 ÷ 20 000) = 3 000 €. C’est la fraction du prix d’acquisition rattachée à cette cession précise.
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La plus-value imposable
5 000 − 3 000 = 2 000 €. C’est le gain sur lequel porte l’impôt.
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L’impôt dû
2 000 × 31,4 % = 628 € à la flat tax. Chiffres d’illustration : un cas réel dépend de la valeur exacte du portefeuille à chaque cession.
Le seuil de 305 €
petite exonération, pas de dispense de déclaration
La loi prévoit un seuil de tolérance. Si le total des cessions imposables de l’année ne dépasse pas 305 €, la plus-value est exonérée d’impôt, de plein droit. Deux précisions évitent les mauvaises surprises. D’abord, le seuil s’apprécie sur le total des cessions, pas sur la plus-value nette : ce sont les montants vendus qui comptent, pas le gain. Ensuite, et c’est le piège classique, l’exonération d’impôt n’est pas une dispense de déclaration. Dès qu’une opération imposable a eu lieu dans l’année, le formulaire 2086 doit être déposé. Le seuil de 305 € réduit l’impôt à zéro sous conditions, il n’efface pas l’obligation déclarative.
Quels formulaires pour déclarer ?
Trois documents structurent la déclaration, chacun avec un rôle distinct. Le grand oublié est le 3916-bis : beaucoup de contribuables détiennent un compte sur une plateforme étrangère sans savoir qu’ils doivent le déclarer chaque année, même sans la moindre vente. L’omission est sanctionnée par une amende par compte non déclaré.
Formulaire 2086
Détaille chaque cession de l’année et détermine, ligne par ligne, la plus ou moins-value. C’est le cœur du calcul de l’impôt.
Formulaire 2042 C
Reprend le résultat global du 2086 et le reporte sur la déclaration de revenus, en annexe.
Formulaire 3916-bis
Recense les comptes d’actifs numériques ouverts hors de France, indépendamment de tout gain. À déposer même sans vente.
Moins-values et cas particuliers
Une année n’apporte pas que des gains. Pour un particulier, une moins-value ne se déduit que des plus-values de même nature réalisées la même année. Il n’y a pas de report sur les années suivantes, contrairement à ce qui existe pour d’autres catégories de revenus. Une année déficitaire ne se « garde » donc pas pour compenser une année future.
Le régime décrit ici vise l’investisseur occasionnel. Deux profils en sortent. L’achat-revente exercé à titre habituel, dans des conditions proches d’une activité professionnelle, relève des bénéfices non commerciaux (BNC) depuis le 1er janvier 2023 — avant cette date, il tombait dans les bénéfices industriels et commerciaux. Le minage suit également le régime des BNC. La frontière entre occasionnel et habituel s’apprécie au cas par cas, selon la fréquence, les moyens employés et la sophistication des opérations.
Un changement de fond entre en vigueur en 2026 : avec la directive DAC8 et le cadre européen MiCA, les plateformes agréées transmettent aux administrations fiscales les données de transactions de leurs utilisateurs, la première communication portant sur l’exercice 2026. Autrement dit, l’idée de « passer sous les radars » perd tout son sens.
Les erreurs à éviter
La plus répandue consiste à se tromper sur le fait générateur : croire qu’échanger une crypto contre une autre est imposable, ou au contraire oublier que la conversion en euros l’est. La règle est nette — c’est la sortie vers la monnaie classique qui compte.
Vient ensuite l’oubli du formulaire 3916-bis pour les comptes détenus à l’étranger, une négligence fréquente et pourtant sanctionnée. Autre confusion courante : penser qu’en dessous de 305 € de cessions, on n’a rien à déclarer, alors que seule l’imposition disparaît, pas la déclaration. Certains appliquent aussi le FIFO par habitude, alors que la loi française impose la méthode 150 VH bis. Enfin, il faut se garder de confondre le régime occasionnel du particulier avec le régime habituel relevant des BNC, qui obéit à des règles entièrement différentes.
À retenir
Le calcul de l’impôt sur les cryptomonnaies se déclenche à la sortie vers l’euro, jamais sur la simple détention ni sur les échanges crypto-contre-crypto. La plus-value du particulier est taxée à la flat tax — 31,4 % en 2026 — ou, sur option, au barème progressif. Elle se calcule avec la formule de l’article 150 VH bis, pas avec le FIFO. Trois formulaires encadrent la déclaration : le 2086 pour le calcul, le 2042 C pour le report, le 3916-bis pour les comptes à l’étranger. Vérifiez les taux à jour chaque année, et faites-vous accompagner dès que les montants deviennent significatifs.
Faut-il déclarer ses cryptos si on n’a rien vendu ?
La simple détention n’est pas imposable et n’entraîne pas de calcul de plus-value. En revanche, si vous détenez un compte sur une plateforme établie à l’étranger, vous devez le déclarer chaque année via le formulaire 3916-bis, même sans aucune vente.
Les échanges d’une crypto à une autre sont-ils imposés ?
Non. Convertir de l’ether en bitcoin, par exemple, ne déclenche pas d’imposition : il y a report tant que la valeur reste en actifs numériques. L’impôt n’intervient qu’au moment de la conversion en euros ou d’un paiement en crypto.
Quel est le taux d’imposition des plus-values crypto ?
Pour un particulier, la flat tax s’applique par défaut, à 31,4 % en 2026 (12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux). Il est possible d’opter pour le barème progressif de l’impôt sur le revenu, souvent avantageux pour les foyers faiblement imposés.
Le seuil de 305 € dispense-t-il de déclarer ?
Non. Si le total de vos cessions imposables de l’année reste sous 305 €, vous êtes exonéré d’impôt, mais la déclaration reste obligatoire : le formulaire 2086 doit être déposé dès qu’une opération imposable a eu lieu.
Comment calcule-t-on la plus-value crypto ?
Avec la formule de l’article 150 VH bis, qui rapporte le prix total d’acquisition du portefeuille à sa valeur au moment de la vente : Plus-value = Prix de cession − [Prix total d’acquisition × (Prix de cession ÷ Valeur globale du portefeuille)]. Ce n’est pas la méthode FIFO.
La fiscalité crypto n’est pas floue, elle est méthodique. L’erreur la plus coûteuse reste de croire qu’on peut simplement l’ignorer.